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La mesure : 6 repères pour apprendre à compter la musique

Vous tapez du pied en écoutant une chanson, sans même y penser. Bravo : vous êtes en train de compter la musique. Derrière ce geste automatique se cache une notion essentielle du langage musical : la mesure. C’est elle qui organise le temps, range les sons et permet à trente musiciens de jouer ensemble sans se perdre. Voici six repères simples pour comprendre comment la musique se compte.

1. La pulsation : le battement de cœur de la musique

Avant la mesure, il y a la pulsation. C’est ce battement régulier que l’on ressent dans presque toute musique. On tape du pied dessus, on hoche la tête, on marche en rythme. Elle revient à intervalles égaux, comme une horloge.

Attention à ne pas la confondre avec le rythme. Le rythme, c’est la façon dont les notes se placent : longues, courtes, pointées. La pulsation, c’est le cadre régulier sur lequel ces notes viennent se poser. Quant à la vitesse de cette pulsation, elle porte un autre nom : le tempo.

2. La mesure : ranger les temps en petits paquets

Les pulsations défilent sans s’arrêter. Pour ne pas se perdre dedans, les musiciens les regroupent par paquets égaux. Chaque paquet s’appelle une mesure. Chaque pulsation à l’intérieur de ce paquet s’appelle un temps.

Sur la partition, une petite barre verticale sépare chaque paquet : c’est la barre de mesure. En classe, quand on compte « 1-2-3-4, 1-2-3-4 », chaque retour au « 1 » signale une nouvelle mesure. À la fin du morceau, une double barre indique que c’est terminé.

3. Le chiffrage : deux nombres qui expliquent tout

Au tout début d’une partition, après la clé, on trouve deux chiffres superposés : c’est le chiffrage de mesure. Il fonctionne comme un mode d’emploi.

Le chiffre du haut indique combien de temps contient chaque mesure. Le chiffre du bas indique quelle figure de note vaut un temps : 2 pour la blanche, 4 pour la noire, 8 pour la croche.

Un exemple : 4/4 signifie quatre temps par mesure, et la noire vaut un temps. C’est le chiffrage le plus courant, celui de la grande majorité des chansons de variété, de rock et de pop. Le 3/4, lui, donne trois temps par mesure : c’est la mesure de la valse. Le 2/4, deux temps, fait plutôt penser à une marche.

4. Temps forts et temps faibles : le relief de la musique

Tous les temps ne se valent pas. Le premier temps de chaque mesure est le plus fort : c’est lui qui donne l’appui. Les autres sont plus légers. Dans une mesure à quatre temps, on ressent souvent un second appui, plus discret, sur le troisième temps.

Ce relief donne son caractère à la musique. Une valse tourne justement parce que le premier de ses trois temps est nettement accentué. Écoutez Le Beau Danube bleu de Johann Strauss fils, composé en 1866 et créé à Vienne le 15 février 1867 : la mesure à 3/4 y est impossible à manquer.

Une astuce simple en classe : frappez le premier temps dans les mains, et les autres temps sur les genoux. Le corps comprend la mesure avant la tête.

5. Binaire ou ternaire : deux façons de découper le temps

Chaque temps peut lui-même se découper. S’il se divise en deux parties égales, on parle de temps binaire. S’il se divise en trois, de temps ternaire.

Les mesures dont chaque temps se divise en deux s’appellent des mesures simples : leur chiffre du haut est 2, 3 ou 4. Celles dont chaque temps se divise en trois s’appellent des mesures composées : leur chiffre du haut est 6, 9 ou 12.

Le 6/8 est la mesure composée la plus fréquente. On ne compte pas six temps, mais deux temps ternaires, chacun valant trois croches. Résultat : une musique qui se balance. La célèbre Barcarolle des Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach, opéra créé en 1881, en est le meilleur exemple : son 6/8 imite le bercement d’une gondole vénitienne.

6. Les mesures irrégulières : quand la musique boite

Deux, trois ou quatre temps : l’oreille s’y installe facilement. Mais certains compositeurs préfèrent le déséquilibre et choisissent cinq ou sept temps par mesure. L’effet est immédiat : la musique semble boiter, et on ne sait plus très bien où poser le pied.

Take Five, composé par le saxophoniste Paul Desmond et enregistré en 1959 par le quartette de Dave Brubeck sur l’album Time Out, est écrit en 5/4. Les cinq temps se ressentent comme un groupe de trois suivi d’un groupe de deux. Le morceau est devenu l’un des plus grands succès de l’histoire du jazz.

Le 5/4 n’est pas réservé au jazz. Gustav Holst l’utilise dans Mars, premier mouvement de sa suite Les Planètes, composée entre 1914 et 1916. Ici, le déséquilibre ne fait pas swinguer : il installe un martèlement mécanique et menaçant, à l’image du dieu de la guerre.

Ce qu’il faut retenir

La pulsation est le battement régulier de la musique. La mesure regroupe ces pulsations en paquets égaux, dont chaque élément s’appelle un temps. Le chiffrage indique combien de temps par mesure et quelle note vaut un temps. Le premier temps est toujours le plus fort. Enfin, chaque temps se divise en deux (binaire) ou en trois (ternaire).

Un exercice pour finir : mettez trois morceaux que vous aimez, et essayez de compter à voix haute jusqu’au retour du temps fort. Deux, trois, quatre ? Vous venez de trouver la mesure tout seul.

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