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Le tango : 6 clés pour comprendre la musique née à Buenos Aires

Une musique naît rarement dans les palais. Le tango, lui, est né sur les quais, dans les cours d’immeubles et les bals populaires de deux villes qui se font face de part et d’autre d’un fleuve. En moins d’un siècle, cette musique de quartier est devenue un symbole mondial, inscrit au patrimoine de l’humanité. Voici six clés pour comprendre comment.

1. Une musique née au bord du Río de la Plata

Le tango apparaît à la fin du XIXe siècle, dans les quartiers portuaires de Buenos Aires (Argentine) et de Montevideo (Uruguay). Les deux villes bordent le même fleuve, le Río de la Plata.

À cette époque, ces ports accueillent des vagues d’immigrants italiens et espagnols. Ils y croisent les descendants d’Africains réduits en esclavage et les habitants venus de la campagne. Chacun apporte sa musique.

Le tango naît de ce mélange. Il hérite du rythme du candombe, hérité des communautés afro-uruguayennes, de la habanera venue de Cuba et de la milonga locale. Les mélodies, elles, portent la trace des chansons italiennes et espagnoles.

2. Un rythme qui se compte à deux temps

Les premiers tangos s’écrivent à 2/4 : deux temps par mesure, une pulsation de marche. Vers les années 1920, la notation à 4/4 s’impose peu à peu, ce qui permet des mélodies plus étirées et plus expressives.

Le tango repose sur une pulsation très marquée. Les musiciens accentuent fortement les temps, puis jouent avec les contretemps et les syncopes. C’est ce contraste entre une base régulière et des décalages permanents qui donne au tango sa tension caractéristique.

3. Le bandonéon, la voix du tango

Impossible de reconnaître un tango sans son instrument emblématique : le bandonéon. Cet instrument à soufflet, cousin de l’accordéon, est inventé en Allemagne au milieu du XIXe siècle. Il porte le nom de Heinrich Band (1821-1860), le musicien et éditeur qui l’a diffusé.

Des marins et des immigrants l’apportent en Amérique du Sud dans les dernières décennies du XIXe siècle. Son timbre grave et plaintif s’impose alors comme la couleur sonore du tango.

Sa particularité : les boutons ne sont pas rangés dans l’ordre de la gamme, et une même touche ne donne pas la même note selon que l’on ouvre ou que l’on ferme le soufflet. C’est l’un des instruments les plus difficiles à apprendre.

4. La Cumparsita, le tango le plus joué au monde

Si vous ne connaissez qu’un seul tango, c’est celui-là. La Cumparsita est composée en 1917 par un étudiant uruguayen de dix-neuf ans, Gerardo Matos Rodríguez. Il l’écrit d’abord comme une marche pour sa fédération étudiante.

La pièce est créée à Montevideo par l’orchestre de l’Argentin Roberto Firpo. Le titre signifie à peu près « le petit défilé ». Des paroles seront ajoutées plus tard par Pascual Contursi et Enrique Maroni.

La version ci-dessous est celle de l’orchestre de Juan D’Arienzo, surnommé « le roi de la mesure » pour sa pulsation implacable.

5. Carlos Gardel, la voix qui a fait le tour du monde

Carlos Gardel (1890-1935) est la figure la plus célèbre de l’histoire du tango. Chanteur, compositeur et acteur, il donne au tango chanté ses lettres de noblesse et le fait connaître en Europe et aux États-Unis grâce au disque et au cinéma.

Son lieu de naissance reste discuté : la plupart des historiens le font naître à Toulouse en 1890, mais une thèse uruguayenne défend une naissance à Tacuarembó. Le débat n’est toujours pas tranché.

Gardel meurt le 24 juin 1935 à Medellín, en Colombie, dans la collision de deux avions au sol. Il avait 44 ans. Son parolier Alfredo Le Pera périt avec lui.

Por una cabeza, composé l’année de sa mort, est resté son morceau le plus connu, souvent repris au cinéma.

6. L’âge d’or, puis la révolution Piazzolla

Entre 1935 et 1955, le tango vit son âge d’or. Les salles de bal de Buenos Aires sont pleines chaque soir. Les grandes formations, appelées orquestas típicas, réunissent plusieurs bandonéons, des violons, un piano et une contrebasse.

Quatre chefs dominent cette période : Juan D’Arienzo (1900-1976), Carlos Di Sarli, Aníbal Troilo (1914-1975) et Osvaldo Pugliese. Chacun impose sa manière de faire sonner l’orchestre.

Puis arrive Astor Piazzolla (1921-1992). Bandonéoniste formé dans les orchestres de danse, il part étudier la composition à Paris en 1954 auprès de Nadia Boulanger. Celle-ci l’encourage à assumer le tango plutôt qu’à l’abandonner pour la musique savante.

De retour à Buenos Aires, Piazzolla invente le tango nuevo : il y mêle des harmonies de jazz et des formes de musique de chambre. Ses détracteurs l’accusent d’avoir trahi le tango. Aujourd’hui, ses œuvres sont jouées dans le monde entier. Libertango, publié en 1974, en est le meilleur exemple.

Un patrimoine reconnu

En 2009, l’UNESCO inscrit le tango sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. La candidature avait été déposée conjointement par l’Argentine et l’Uruguay, les deux pays qui l’ont vu naître.

Retenez l’essentiel : une musique de port née d’un métissage, un instrument reconnaissable entre mille, une pulsation marquée pleine de décalages, et deux figures qui l’ont porté au monde, Gardel puis Piazzolla.

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