La mélodie : 6 clés pour comprendre ce que l’on retient d’une musique

Vous sortez d’un concert et un air tourne dans votre tête. Cet air, c’est la mélodie : la ligne que l’on fredonne sous la douche, celle que l’on reconnaît en trois secondes à la radio.
Pourtant, quand on demande à une classe ce qu’est exactement une mélodie, les réponses hésitent. Voici six clés simples pour comprendre comment elle se fabrique, et pour l’écouter autrement.
1. Une mélodie, c’est une suite de sons que l’on peut chanter
Une mélodie est une succession de sons organisés dans le temps. Chaque son possède une hauteur (grave ou aigu) et une durée. Mis bout à bout, ces sons forment une ligne que l’oreille suit comme on suit une phrase.
Un repère utile : la mélodie se déroule horizontalement, une note après l’autre. L’harmonie, elle, se construit verticalement, plusieurs notes en même temps. On peut chanter une mélodie tout seul ; on ne peut pas chanter un accord tout seul.
Autre repère, encore plus simple : une mélodie se retient. Si un passage peut être fredonné de mémoire, c’est presque toujours une mélodie.
2. Le contour : le dessin que trace la mélodie
Si l’on relie les notes d’une mélodie, on obtient un dessin. C’est le contour mélodique : la ligne monte, descend ou reste sur place.
Il existe deux façons de se déplacer. Le mouvement conjoint passe d’une note à sa voisine immédiate : la ligne est douce et facile à chanter. Le mouvement disjoint saute par-dessus plusieurs notes : la ligne devient énergique, parfois difficile.
Le thème de l’Ode à la joie, au quatrième mouvement de la Neuvième Symphonie de Beethoven créée le 7 mai 1824 au Kärntnertortheater de Vienne, est presque entièrement conjoint. C’est l’une des raisons de son succès : n’importe qui peut le chanter. Le Conseil de l’Europe l’adopte comme hymne en 1972, puis les Communautés européennes en 1985, dans un arrangement d’Herbert von Karajan.
3. Le rythme mélodique change tout
Les mêmes hauteurs, jouées avec des durées différentes, ne donnent pas la même mélodie. Le rythme mélodique, c’est la suite des durées attribuées à chaque note.
L’expérience est facile à faire en classe : chantez « Frère Jacques » en gardant toutes les notes, mais en leur donnant à toutes la même durée. L’air devient méconnaissable. La hauteur ne suffit donc pas : c’est le couple hauteur et durée qui fabrique une mélodie.
4. La phrase mélodique : une question, une réponse
Une mélodie se découpe en phrases, comme un texte. Le plus souvent, une première phrase laisse une impression d’attente, que les musiciens appellent l’antécédent, et une seconde vient la refermer : le conséquent. Une question, puis une réponse.
Le début d’Une petite musique de nuit de Mozart l’illustre parfaitement : une montée énergique, puis une descente qui conclut. Cette sérénade K. 525 a été inscrite par Mozart dans son catalogue personnel le 10 août 1787, à Vienne. Elle devait compter cinq mouvements ; un menuet a été perdu, il en reste quatre.
5. Motif, thème, leitmotiv : les briques de la mélodie
Le motif est la plus petite cellule reconnaissable : quelques notes suffisent. Le thème, lui, est une mélodie complète, qui sert de matériau principal à toute une œuvre.
Les quatre notes qui ouvrent la Cinquième Symphonie de Beethoven, créée le 22 décembre 1808 au Theater an der Wien, forment un motif. Beethoven le répète, le transpose et le déforme pendant tout le mouvement : à partir de presque rien, il construit une symphonie entière.
Quand un motif est associé à un personnage ou à une idée et revient à chaque apparition, on parle de leitmotiv. Le mot apparaît sous la plume de Friedrich Wilhelm Jähns en 1871, à propos de Weber, puis se répand en 1876 grâce au guide que Hans von Wolzogen consacre à L’Anneau du Nibelung de Wagner. Wagner, lui, préférait parler de Hauptmotiv, « motif principal ».
6. Mélodie et accompagnement : qui chante, qui soutient ?
Dans la plupart des musiques que nous écoutons, une voix porte la mélodie pendant que les autres l’accompagnent : c’est la mélodie accompagnée.
Il existe d’autres solutions. Dans la monodie, une seule ligne se déploie, sans accompagnement : le chant grégorien en est l’exemple type. Dans la polyphonie, plusieurs mélodies d’égale importance se superposent.
Le Boléro de Ravel, créé le 22 novembre 1928 à l’Opéra de Paris pour la danseuse Ida Rubinstein, pousse l’idée à l’extrême. Deux thèmes de seize mesures y sont exposés neuf fois chacun, soit dix-huit expositions, portés par une caisse claire qui ne s’arrête jamais. La mélodie ne bouge pas : seuls changent les instruments qui la jouent. Un exercice d’écoute idéal pour reconnaître les timbres.
Contour, rythme mélodique, phrases, motifs, place dans l’ensemble : cinq réflexes qui transforment une écoute passive en écoute active. Essayez-les sur le prochain air qui vous reste en tête, vous saurez enfin dire pourquoi il ne vous quitte plus.
