La comédie musicale : 6 clés pour comprendre l’art né à Broadway

Une histoire, des chansons, des danses, et toute une salle qui retient son souffle. La comédie musicale est aujourd’hui l’un des spectacles les plus populaires du monde. Mais d’où vient-elle ? Comment est-elle née, et pourquoi remplit-elle encore les théâtres plus de cent cinquante ans après ses débuts ? Voici six clés pour comprendre ce genre à part.
1. Une histoire racontée en chansons
La comédie musicale, appelée musical en anglais, réunit trois arts : le théâtre, la musique et la danse. Ce n’est pas un concert en costumes. Ce n’est pas non plus un opéra, où presque tout est chanté et où les voix sont lyriques. Dans une comédie musicale, les personnages parlent, puis se mettent à chanter quand l’émotion dépasse les mots.
C’est là toute la règle du genre : chaque chanson doit faire avancer l’histoire. Si l’on retire un numéro musical, on perd un morceau du récit. Les danses obéissent au même principe. Elles ne servent pas seulement à faire joli, elles racontent.
2. 1866 : une naissance presque accidentelle à New York
La plupart des historiens datent la naissance du genre du 12 septembre 1866. Ce soir-là, le théâtre Niblo’s Garden, à New York, présente The Black Crook. Le spectacle mélange un mélodrame sombre et un grand ballet.
Ce mélange naît d’un hasard. Un incendie venait de détruire l’Academy of Music, laissant une troupe de ballet parisienne sans salle à New York. Un producteur eut l’idée de l’intégrer à une pièce de théâtre déjà écrite. Le résultat durait plus de cinq heures et tint l’affiche 474 fois, un record pour l’époque. Le public venait de découvrir un spectacle où l’on jouait, chantait et dansait dans la même soirée.
3. 1927 : Show Boat, quand le musical devient sérieux
Pendant soixante ans, Broadway propose surtout des revues : des successions de numéros drôles ou spectaculaires, sans véritable intrigue. Tout change le 27 décembre 1927, au Ziegfeld Theatre, avec Show Boat.
Le compositeur Jerome Kern et l’auteur Oscar Hammerstein II osent une histoire grave, qui aborde le racisme et les mariages interdits dans l’Amérique du XIXe siècle. Pour la première fois, les chansons servent un sujet difficile. Autre geste marquant : des artistes blancs et afro-américains partagent la même scène, ce qui était rare à l’époque.
La révolution s’achève en 1943 avec Oklahoma!, de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II. Les danses, signées Agnes de Mille, deviennent un vrai moment de récit : le fameux « ballet de rêve ». Le spectacle tient l’affiche 2 212 fois. C’est le premier immense succès populaire de Broadway.
4. 1957 : West Side Story fait entrer la rue sur scène
Le 26 septembre 1957, Broadway découvre West Side Story. Quatre créateurs signent l’œuvre : Jerome Robbins pour l’idée et la chorégraphie, Arthur Laurents pour le livret, Leonard Bernstein pour la musique et Stephen Sondheim, alors âgé de 25 ans, pour les paroles.
L’histoire transpose Roméo et Juliette de Shakespeare dans le New York des années 1950, entre deux bandes rivales. Le spectacle parle de violence, d’immigration et de racisme. Musicalement, Bernstein croise le jazz, les rythmes latino-américains et l’écriture savante des grands orchestres. Après 732 représentations, l’œuvre part en tournée mondiale, puis devient un film en 1961.
5. Le Roi Lion : quand le spectacle devient visuel
À la fin du XXe siècle, la comédie musicale devient un spectacle géant. L’exemple le plus frappant est Le Roi Lion, créé le 8 juillet 1997 à Minneapolis, puis installé à Broadway le 13 novembre de la même année.
La musique est d’Elton John, mais c’est la mise en scène de Julie Taymor qui frappe les esprits. Plutôt que de cacher les acteurs dans des costumes d’animaux, elle les montre. Le spectateur voit en même temps l’humain et la bête qu’il anime. Le spectacle mobilise 232 marionnettes, plus de 400 costumes et représente 25 espèces animales, sans aucun décor numérique.
Le succès est immédiat : 6 Tony Awards sur 11 nominations, dont celui de la meilleure mise en scène, attribué pour la première fois à une femme. Depuis avril 2012, Le Roi Lion est le spectacle le plus rentable de toute l’histoire de Broadway.
Le genre continue de se réinventer. En 2015, Hamilton de Lin-Manuel Miranda raconte la vie d’un homme politique américain du XVIIIe siècle en rap et en hip-hop. Le spectacle décroche 16 nominations aux Tony Awards, un record absolu, et en remporte 11.
6. Et en France ? Une tradition bien vivante
La France a inventé sa propre version du genre. En 1979, Starmania, écrit par Luc Plamondon et composé par Michel Berger, lance l’opéra-rock à la française et donne des chansons devenues des classiques.
Le 16 septembre 1998, au Palais des Congrès de Paris, le même Luc Plamondon présente Notre-Dame de Paris, sur une musique de Richard Cocciante et dans une mise en scène de Gilles Maheu. Adapté du roman de Victor Hugo, le spectacle a depuis été joué dans plus de vingt pays, traduit en huit langues et donné plus de 4 300 fois.
Ce qu’il faut retenir
La comédie musicale est née d’un hasard new-yorkais en 1866. Elle est devenue un art véritable en 1927 avec Show Boat, puis un art moderne en 1957 avec West Side Story. Elle s’est faite spectacle géant en 1997 avec Le Roi Lion, avant de s’ouvrir au rap en 2015 avec Hamilton. En France, Starmania et Notre-Dame de Paris prouvent que le genre n’a rien d’une simple importation.
Son secret tient en une phrase : quand les mots ne suffisent plus, on chante ; quand le chant ne suffit plus, on danse.
Pour approfondir, consultez l’article « Comédie musicale » sur Wikipédia.

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