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La Seconde École de Vienne : 6 clés pour comprendre la révolution des douze sons

Seconde école de Vienne

La seconde École de Vienne a bouleversé le langage musical au début du XXe siècle. Au début du XXe siècle, trois compositeurs viennois ont fait exploser un système vieux de trois siècles : la tonalité. Arnold Schönberg, Alban Berg et Anton Webern forment ce que l’on appelle la Seconde École de Vienne. Leur démarche a divisé le public, provoqué des émeutes en salle de concert, et transformé durablement l’écriture musicale. Voici six clés pour comprendre cette révolution.

1. Pourquoi parle-t-on de « seconde » école de Vienne ?

L’expression renvoie à une première école viennoise : celle de Haydn, Mozart et Beethoven, au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Un siècle plus tard, Vienne redevient un laboratoire musical. Arnold Schönberg (1874-1951) y rassemble autour de lui deux élèves devenus ses proches : Alban Berg (1885-1935) et Anton Webern (1883-1945).

Le mouvement s’étend en gros de 1900 aux années 1930. Schönberg n’est pas un provocateur gratuit : il se considère comme l’héritier logique de Brahms et de Wagner. Selon lui, l’harmonie devenait si complexe chez ses prédécesseurs que le système tonal allait s’effondrer de lui-même.

2. Avant la rupture : un romantisme poussé à bout

Schönberg ne commence pas par l’atonalité. Ses premières œuvres prolongent le langage post-romantique. La Nuit transfigurée (Verklärte Nacht), opus 4, composée en 1899 pour sextuor à cordes, en est le meilleur exemple : mélodies amples, harmonies riches, expressivité intense.

Écouter cette page permet de mesurer le chemin parcouru ensuite. Rien n’annonce encore la rupture : on entend un héritier de Wagner et de Brahms.

3. L’atonalité : quand la musique quitte le port

Vers 1908, Schönberg franchit le pas. Il abandonne la hiérarchie tonale : plus de note principale, plus de sensation de « retour à la maison ». Toutes les notes deviennent égales. Le compositeur préférait d’ailleurs le mot « pantonalité », jugeant « atonal » trop négatif.

Le chef-d’œuvre de cette période est Pierrot lunaire, opus 21, créé le 16 octobre 1912 à Berlin, salle Choralion, sous la direction du compositeur. La comédienne Albertine Zehme, qui avait passé commande, y déclame vingt et un poèmes d’Albert Giraud. Schönberg y invente le Sprechgesang, un parlé-chanté à mi-chemin entre la parole et le chant, accompagné par cinq instrumentistes seulement.

4. Le concert du scandale : 31 mars 1913

Le public résiste. Le 31 mars 1913, au Musikverein de Vienne, Schönberg dirige un programme réunissant Webern, Zemlinsky, Berg et lui-même. Les protestations commencent pendant les Six Pièces pour orchestre de Webern. Elles tournent à l’émeute pendant les Lieder Altenberg de Berg.

Des bagarres éclatent dans la salle, la police intervient, et le concert s’interrompt avant la fin. L’organisateur Erhard Buschbeck est arrêté après en être venu aux mains avec le compositeur d’opérette Oscar Straus. L’épisode est resté dans l’histoire sous le nom de Skandalkonzert. Il montre à quel point ce langage heurtait les habitudes d’écoute de l’époque.

5. Le dodécaphonisme : une règle pour remplacer la tonalité

L’atonalité libre pose un problème pratique : sans tonalité, comment construire une pièce longue et cohérente ? Schönberg cherche une solution pendant plusieurs années, entre 1918 et 1921 environ. Il aboutit à la « méthode de composition avec douze sons n’ayant de rapports qu’entre eux ».

Le principe est simple à énoncer. Le compositeur choisit un ordre pour les douze notes de la gamme chromatique : c’est la série. Aucune note ne doit revenir avant que les onze autres n’aient été entendues. Cette série peut ensuite être transformée : jouée à l’envers (rétrograde), retournée comme dans un miroir (inversion), ou transposée. Aucune note ne domine, donc aucune tonalité ne s’installe.

Les premières applications datent de 1921-1923 : la Suite pour piano opus 25 est généralement citée comme la première œuvre entièrement écrite selon ce principe, aux côtés des Cinq Pièces pour piano opus 23 et de la Sérénade opus 24. Schönberg aurait alors déclaré avoir assuré la suprématie de la musique allemande pour cent ans — propos rapporté par ses proches, et souvent cité, mais dont la formulation exacte reste discutée.

6. Trois tempéraments, trois trajectoires

Les trois compositeurs partagent une méthode, pas un style. Alban Berg conserve un lyrisme proche du romantisme et laisse volontiers affleurer des références tonales. Son opéra Wozzeck, créé le 14 décembre 1925 au Staatsoper de Berlin sous la direction d’Erich Kleiber après un nombre considérable de répétitions, reste l’une des œuvres lyriques majeures du XXe siècle.

Anton Webern prend la direction opposée : la concision extrême. Ses pièces durent parfois moins d’une minute, réduites à quelques notes réparties entre des timbres différents. Cette écriture par éclats influencera profondément les compositeurs d’après 1945, notamment Pierre Boulez et Karlheinz Stockhausen.

Une fin brutale, une postérité immense

L’histoire du groupe s’achève dans la violence du siècle. Juif, Schönberg quitte l’Europe en 1933 face à la montée du nazisme et s’installe aux États-Unis, où il meurt à Los Angeles le 13 juillet 1951. Berg disparaît prématurément en 1935. Webern est tué le 15 septembre 1945 à Mittersill, en Autriche occupée : sorti fumer un cigare pendant le couvre-feu, il est abattu par un soldat américain venu arrêter son gendre. Une mort absurde, sur laquelle plusieurs versions circulent encore.

Leur influence, elle, ne fait pas débat. Le dodécaphonisme a servi de point de départ au sérialisme d’après-guerre, puis a nourri, directement ou par réaction, une grande partie de la musique savante du XXe siècle. On en entend même la trace dans certaines musiques de film, où l’écriture atonale sert à créer l’inquiétude.

Écouter cette musique demande un effort : elle ne propose ni refrain ni repos harmonique. Mais en l’abordant comme un jeu de couleurs et de gestes plutôt que comme une mélodie à retenir, on découvre un univers sonore d’une richesse rare.

Pour approfondir, consultez l’article « Seconde école de Vienne » sur Wikipédia.

Retenir l’essentiel sur la seconde École de Vienne

La seconde École de Vienne, autour de Schoenberg, invente le dodécaphonisme. La seconde École de Vienne bouleverse le langage musical et influence durablement le XXe siècle.

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