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La gamme pentatonique : 6 clés pour comprendre la gamme à cinq notes

Elegant black and white photo of a grand piano in an empty concert hall in Montreal.

Cinq notes suffisent. Avec elles, on peut jouer une mélodie traditionnelle chinoise, un riff de blues ou un thème de symphonie. Cette échelle réduite s’appelle la gamme pentatonique. Elle est probablement la plus répandue sur la planète. Voici six clés pour comprendre comment elle fonctionne, et pourquoi on la retrouve partout.

1. Cinq sons par octave, au lieu de sept

Le mot vient du grec : penta (cinq) et tonos (ton). Une gamme pentatonique contient donc cinq sons différents par octave, contre sept pour la gamme majeure habituelle.

La forme la plus courante s’obtient très simplement. On part de la gamme de do majeur et on retire deux notes : le fa et le si. Il reste do, ré, mi, sol, la. C’est la pentatonique majeure.

En commençant par le sixième degré, on obtient la pentatonique mineure : la, do, ré, mi, sol. Mêmes sons, point de départ différent. Le principe est exactement celui des modes.

2. Pourquoi elle ne sonne jamais faux

Les deux notes retirées ne sont pas choisies au hasard. Dans la gamme de do majeur, les seuls demi-tons se situent entre mi et fa, puis entre si et do. En supprimant le fa et le si, on supprime donc tous les demi-tons de la gamme.

On appelle ce type d’échelle une pentatonique anhémitonique : sans demi-ton. Conséquence directe, il n’existe plus aucun frottement serré entre deux notes voisines. On peut improviser à peu près n’importe quoi sur ces cinq sons sans produire de dissonance franche.

C’est ce qui la rend si efficace en classe. Un élève qui ne lit pas la musique peut jouer dessus et obtenir un résultat cohérent dès les premières minutes. Rien à éviter, rien à corriger.

3. Les touches noires du piano en forment une

Il existe une démonstration visuelle imparable. Regardez un clavier : les touches noires vont par groupes de deux puis de trois, soit cinq par octave. Ces cinq touches constituent exactement une gamme pentatonique.

Chopin en a tiré une pièce entière. Son Étude op. 10 n° 5 en sol bémol majeur, composée en 1830 et publiée en 1833, confie à la main droite une partie jouée uniquement sur les touches noires, à une exception près : un fa bécarre, à la mesure 66. L’œuvre est surnommée l’étude « des touches noires ».

4. Une échelle présente sur tous les continents

La pentatonique n’appartient à aucune culture en particulier. On la trouve au cœur de la musique traditionnelle chinoise, où les cinq degrés portent chacun un nom : gong, shang, jue, zhi et yu. Ils correspondent approximativement à do, ré, mi, sol et la. Les plus anciennes traces écrites de ce système remontent à environ 2 600 ans.

On la retrouve aussi dans les mélodies traditionnelles écossaises et irlandaises, dans de nombreuses musiques d’Afrique de l’Ouest, dans les traditions andines ou hongroises.

Une précision s’impose cependant. Toutes les échelles à cinq sons ne se ressemblent pas. Certaines gammes japonaises, par exemple, comportent des demi-tons : on parle alors de pentatonique hémitonique. La couleur sonore obtenue est très différente, beaucoup plus tendue.

5. Du blues au rock : la pentatonique mineure

Dans les musiques actuelles, la pentatonique mineure est omniprésente. Elle sert de socle aux solos de guitare rock, aux riffs de blues et à une grande part des chorus de jazz.

La gamme blues en dérive directement. On prend la pentatonique mineure et on y ajoute une note : la quinte diminuée, glissée entre le quatrième et le cinquième degré. Cette note ajoutée est une blue note. L’échelle obtenue compte six sons : elle devient hexatonique, et non plus pentatonique.

Une seule note en plus suffit à produire la couleur caractéristique du blues. C’est un bon exemple à faire entendre aux élèves : on leur joue les cinq notes, puis les six.

6. Quand les compositeurs classiques s’en emparent

À la fin du XIXe siècle, plusieurs compositeurs européens cherchent des couleurs nouvelles, hors du système majeur-mineur. La pentatonique leur en fournit une.

Antonín Dvořák compose en 1893 sa Symphonie n° 9 « Du Nouveau Monde », créée au Carnegie Hall par l’Orchestre philharmonique de New York sous la direction d’Anton Seidl. Le thème de cor anglais qui ouvre le Largo repose sur une échelle pentatonique. Dvořák a tenu à préciser qu’il n’avait emprunté aucune mélodie amérindienne authentique : il a écrit ses propres thèmes en imitant certains traits de ces musiques.

Claude Debussy, lui, avait entendu un gamelan javanais à l’Exposition universelle de Paris, en 1889. Le souvenir ressurgit dans Pagodes, première pièce des Estampes, achevées en 1903 et créées le 9 janvier 1904 salle Érard par le pianiste Ricardo Viñes. La pièce superpose plusieurs échelles pentatoniques pour évoquer les résonances de percussions entendues quatorze ans plus tôt.

L’essentiel à retenir

Cinq sons, aucun demi-ton, donc aucune dissonance possible entre les notes de la gamme. Cette économie de moyens explique à la fois son universalité et son efficacité pédagogique.

Pour l’expérimenter, installez-vous devant un piano et ne jouez que les touches noires, dans n’importe quel ordre. Tout fonctionnera. C’est l’expérience la plus rapide pour faire comprendre à une classe ce qu’est une gamme.

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