/

Naissance de la musique électronique : 7 dates qui ont tout changé

Aujourd’hui, l’électronique est partout : dans la pop, au cinéma, dans les jeux vidéo, dans la publicité. On imagine souvent qu’elle est née avec les boîtes de nuit des années 1990. C’est faux. Son histoire commence il y a plus d’un siècle, dans des laboratoires de physique et des studios de radio.

Voici sept dates qui racontent comment le courant électrique est devenu un instrument de musique à part entière.

1. 1920 : le theremin, l’instrument qu’on ne touche pas

En octobre 1920, un jeune physicien russe, Lev Sergueïevitch Termen — connu en Occident sous le nom de Leon Theremin — met au point un appareil étonnant. Deux antennes créent un champ électromagnétique autour de l’instrument. La main droite du musicien s’approche ou s’éloigne de l’antenne verticale pour choisir la hauteur du son. La main gauche règle le volume au-dessus de l’antenne horizontale.

Résultat : on joue sans jamais toucher l’instrument. Theremin fait une longue tournée en Europe, puis s’installe aux États-Unis, où il dépose son brevet en 1928. La violoniste Clara Rockmore (1911-1998) en devient la première grande virtuose et prouve qu’il ne s’agit pas d’un simple gadget de foire.

2. 1928 : les ondes Martenot entrent dans l’orchestre

Le Français Maurice Martenot dépose son brevet le 2 avril 1928, sous le titre « Perfectionnements aux instruments de musique électriques ». Son idée est plus pratique que celle du theremin : il ajoute un clavier et un ruban que l’on fait glisser du doigt. Le musicien retrouve donc des repères familiers et contrôle beaucoup mieux la justesse.

Les compositeurs adoptent l’instrument. Le plus célèbre est Olivier Messiaen : sa Turangalîla-Symphonie est créée le 2 décembre 1949 à Boston, par le Boston Symphony Orchestra dirigé par Leonard Bernstein, avec Yvonne Loriod au piano et Ginette Martenot — la sœur de l’inventeur — aux ondes. Pour la première fois, un instrument électrique tient un rôle de soliste dans une grande œuvre symphonique.

3. 1948 : Pierre Schaeffer et la musique concrète

Pierre Schaeffer est ingénieur et homme de radio. Au Studio d’Essai de la RTF, à Paris, il renverse complètement la démarche du compositeur. Au lieu de partir d’une partition qui sera ensuite jouée, il part de sons déjà enregistrés — des bruits du monde réel — qu’il coupe, ralentit, superpose et monte.

Sa pièce la plus connue, l’Étude aux chemins de fer, est fabriquée à partir de sons de locomotives. Le 5 octobre 1948, ses cinq Études de bruits sont diffusées à la radio sous le titre Concert de bruits. La musique concrète est née, et avec elle l’idée que n’importe quel son peut devenir matériau musical.

4. 1951 : Cologne fabrique des sons qui n’existent pas

Trois ans plus tard, la radio allemande WDR ouvre à Cologne son studio de musique électronique, fondé en 1951 autour d’Herbert Eimert, de Werner Meyer-Eppler et de Robert Beyer. La méthode y est différente de celle de Paris : au lieu d’enregistrer le monde, on produit les sons de toutes pièces avec des générateurs électriques.

Karlheinz Stockhausen y réalise ses deux Studien (1953-1954), puis Gesang der Jünglinge (1955-1956), où une voix d’enfant se mêle aux sons de synthèse. Les deux écoles, française et allemande, finiront par se rejoindre : c’est de leur rencontre que naît la musique électroacoustique.

5. 1964 : Robert Moog rend le synthétiseur jouable

Jusque-là, faire de la musique électronique demandait un studio entier et des semaines de travail. En 1964, l’Américain Robert Moog commercialise un synthétiseur modulaire commandé par tension électrique. L’appareil reste cher et encombrant, mais il regroupe enfin dans une même machine tout ce qu’il faut pour créer un son.

Le déclic vient en 1968 avec Switched-On Bach, album dans lequel Wendy Carlos rejoue Bach entièrement au Moog. Le succès est énorme et fait entrer le synthétiseur dans les foyers. Le Minimoog, présenté en 1970 puis commercialisé au début des années 1970, va plus loin encore : compact, sans câbles à brancher, il peut monter sur scène.

6. 1974-1977 : l’électronique conquiert la musique populaire

En 1974, le groupe allemand Kraftwerk publie Autobahn. Le morceau-titre dure plus de vingt minutes et raconte un voyage en voiture sur l’autoroute : synthétiseurs, percussions électroniques et voix traitées reproduisent le défilement du paysage. Une version raccourcie devient un succès international inattendu.

Trois ans plus tard, le 2 juillet 1977, paraît I Feel Love de Donna Summer, produit par Giorgio Moroder et Pete Bellotte. Toute la partie instrumentale repose sur une ligne de synthétiseur répétée par un séquenceur. Le disco quitte l’orchestre pour la machine : la dance music moderne commence ici.

7. 1980-1983 : des machines à la portée de tous

Roland fabrique entre 1980 et 1983 une boîte à rythmes analogique, la TR-808. Ses percussions ne ressemblent pas vraiment à une vraie batterie et elle est d’abord boudée par les professionnels. Revendue d’occasion à bas prix, elle est récupérée par les musiciens de hip-hop et de techno, dont elle devient le son de référence.

En 1983, Yamaha lance le DX7, premier synthétiseur numérique vraiment populaire. Il utilise la synthèse FM mise au point par le chercheur américain John Chowning à l’université Stanford. Vendu à plus de 200 000 exemplaires, il façonne le son des années 1980. Désormais, un musicien seul peut produire chez lui une musique complète.

Ce qu’il faut retenir

La musique électronique n’est pas un genre musical parmi d’autres : c’est d’abord une famille d’outils, née dans les laboratoires et les studios de radio, avant d’arriver dans les salles de concert puis dans les chambres d’adolescents. En un peu plus de soixante ans, on passe d’un physicien russe agitant les mains devant une antenne à un adolescent qui compose sur un ordinateur portable.

Une question pour finir : parmi les musiques que vous écoutez cette semaine, combien contiennent au moins un son fabriqué par une machine ? Comptez, vous serez surpris.

Publications similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *