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La mesure : 6 clés pour comprendre comment la musique organise le temps

Tapez du pied sur une chanson. Sans le savoir, vous comptez. Un, deux, un, deux… ou un, deux, trois. Ce comptage naturel porte un nom en musique : la mesure.

La mesure découpe le temps musical en morceaux réguliers. Sans elle, impossible de jouer à plusieurs, ni de lire une partition. Voici six clés pour comprendre ce système et reconnaître les mesures les plus courantes à l’oreille.

1. La mesure découpe le temps en paquets réguliers

Toute musique repose sur une pulsation : un battement régulier, comme celui d’une horloge ou d’un cœur. Ces pulsations s’appellent des temps.

La mesure regroupe ces temps en paquets égaux. Sur la partition, un trait vertical appelé barre de mesure sépare chaque paquet.

Le premier temps de chaque mesure est le plus marqué : c’est le temps fort. Les autres sont plus légers : ce sont les temps faibles. Cette alternance donne à la musique son balancement.

Cette barre verticale n’a pas toujours existé. Elle apparaît d’abord dans la musique écrite pour le luth et les instruments à clavier, à la fin du XVIe siècle. Elle servait alors de simple repère visuel, parfois placé de façon irrégulière. Son usage systématique ne s’impose qu’au XVIIe siècle.

2. Le chiffrage : deux nombres à décoder

Au début d’une partition, juste après la clé, deux chiffres superposés indiquent la mesure. On les appelle le chiffrage.

Le chiffre du haut donne le nombre de temps dans chaque mesure. Le chiffre du bas indique quelle figure de note vaut un temps : 2 pour la blanche, 4 pour la noire, 8 pour la croche.

Une mesure à 4/4 contient donc quatre temps, et chaque temps vaut une noire. Une mesure à 3/8 contient trois temps, chacun valant une croche.

Vous croiserez parfois un « C » à la place du 4/4. Ce n’est pas la lettre C. C’est un demi-cercle, hérité de la notation mensuraliste du Moyen Âge. À l’époque, le cercle complet (tempus perfectum) signalait une division ternaire, associée à la perfection de la Trinité. Le cercle brisé (tempus imperfectum) signalait une division binaire. Ce demi-cercle a survécu jusque dans nos partitions d’aujourd’hui.

3. Deux temps : le pas de la marche

La mesure à deux temps est celle du corps en mouvement. Gauche, droite. Un, deux.

On la note le plus souvent 2/4 : deux noires par mesure. C’est la mesure de la marche militaire et du défilé, mais aussi de nombreuses danses populaires.

La Marche de Radetzky de Johann Strauss père (op. 228) en est l’exemple parfait. Composée en 1848 en l’honneur du maréchal autrichien Joseph Radetzky, elle est jouée pour la première fois le 31 août 1848. Elle est écrite en do majeur, à 2/4. Dès la création, les officiers présents se sont mis à frapper la pulsation dans leurs mains. Le public du Concert du Nouvel An de Vienne perpétue encore ce geste chaque année.

4. Trois temps : le tournoiement de la valse

Passez à trois temps et tout change. Un-deux-trois, un-deux-trois. Le premier temps est appuyé, les deux suivants sont légers. Le corps ne marche plus : il tourne.

La mesure à 3/4 est celle de la valse, du menuet et de la mazurka.

Le Beau Danube bleu de Johann Strauss fils (op. 314) reste la valse la plus célèbre du monde. Composée en 1866, elle est créée le 15 février 1867 à Vienne, dans une première version pour chœur d’hommes. Cette version fut un échec. C’est l’arrangement pour orchestre seul qui a fait le triomphe de l’œuvre.

5. Mesures simples et composées : le piège du 6/8

Jusqu’ici, chaque temps se divisait en deux. On parle alors de mesures simples : 2/4, 3/4, 4/4.

Mais un temps peut aussi se diviser en trois. On parle alors de mesures composées. Leur chiffre du haut est un multiple de trois : 6, 9 ou 12.

Le 6/8 est la plus courante. Attention au piège : elle ne contient pas six temps, mais deux temps de trois croches chacun. On compte un-deux-trois, quatre-cinq-six, en appuyant sur le 1 et sur le 4.

Cette division donne une sensation de balancement. La Barcarolle d’Offenbach, « Belle nuit, ô nuit d’amour », l’illustre parfaitement. Cet air des Contes d’Hoffmann est écrit à 6/8, comme presque toutes les barcarolles, qui imitent le mouvement de la gondole. Offenbach ne l’a d’ailleurs pas composé pour cet opéra : la mélodie vient du « Chant des elfes » des Fées du Rhin, créé à Vienne en 1864.

6. Quand le compte sort de l’ordinaire

Deux, trois, quatre temps : nos oreilles y sont habituées. Mais rien n’oblige la musique à s’y tenir.

Take Five est l’exemple le plus connu. Le morceau est écrit à 5/4 : cinq temps par mesure, groupés en 3 + 2. Il est composé par le saxophoniste Paul Desmond et enregistré par le Dave Brubeck Quartet le 1er juillet 1959, pour l’album Time Out. L’idée vient d’un défi : le batteur Joe Morello avait mis Desmond au défi d’écrire dans cette mesure inhabituelle. Le titre est devenu le single de jazz le plus vendu de l’histoire.

Beaucoup de traditions musicales vivent très bien hors du 4/4. Les musiques des Balkans, de Turquie ou d’Inde utilisent couramment des cycles à 5, 7 ou 9 temps.

Ce qu’il faut retenir

La mesure est une grille. Elle permet à des dizaines de musiciens de jouer ensemble et à l’auditeur de se repérer dans le temps.

Un exercice simple pour progresser : écoutez un morceau et tapez du pied. Essayez de compter jusqu’à 2, puis jusqu’à 3, puis jusqu’à 4. Le chiffre qui tombe juste à chaque retour du temps fort vous donne la mesure du morceau.

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